La méthanisation : Une aberration écologique ?

La méthanisation, une aberration écologique ?

En plein développement dans les campagnes et poussée par les politiques publiques qui voient en la méthanisation une nouvelle source de revenu pour les agriculteurs, ce processus de production d’énergie ne sera pas sans conséquence sur les sols.

Avec une certaine acceptation des faibles rentabilités des entreprises agricoles, lorsqu’elles existent, la méthanisation se veut comme une diversification des revenus.

La méthanisation développe son image vertueuse de production d’énergie propre et renouvelable.

Si pour les éleveurs, ce mode de production d’énergie peut paraitre  un peu plus équilibré, il n’en est rien en réalité et c’est encore plus vrai pour les agriculteurs polyculteurs.

 

Cette énergie n’est pas renouvelable dans le sens ou la matière organique ne peut être considérée renouvelable si c’est au détriment de la matière organique des sols et de leur équilibre biologique.

 

Depuis de nombreuses années, nous considérons la méthanisation comme une fausse bonne idée où dans l’équation, le sol est encore le grand perdant.

Cette position isolée, même si quelques spécialistes commencent à en parler, mérite une explication.

 

La méthanisation fonctionne par l’apport de matières organiques issues d’effluents d’élevage (fumiers, lisiers), de résidus de cultures (paille…) ou de culture entières (méteils, ensilage, couverts…).

Ces matières sont mises au sein d’un digesteur, environnement « étanche » sans oxygène où des bactéries vont utiliser cette matière organique pour se nourrir et se développer tout en produisant du gaz méthane.

Soit injecté et vendu directement dans un réseau de gaz, soit utilisé pour faire tourner une turbine qui produira de l’électricité qui sera stockée et/ou vendue.

 

Le sous produit de cette transformation, le digestat, sera remis sur les parcelles de production.

On vante ainsi la notion de durabilité et d’énergie renouvelable mais c’est totalement faux.

 

Explications :

De manière résumée, la matière organique évoluée d’un sol, aussi appelée humus , est issue de la matière organique fraiche qui va évoluer et être transformée par les différents organismes du sol.

Ces processus complexes de transformation demandent de nombreuses années et cela reste un processus lent.

Pour que ces transformations se passent bien et soient complètes, le sol se doit d’être équilibré en différents organismes qui ont chacun un rôle précis sur ces transformations.

Le sol doit aussi être suffisamment riche en oxygène afin d’équilibrer la présence des différents organismes qui vont se charger de ces transformations et évolutions.

La matière organique fraiche est composée de sucres, de cellulose, d’amidon et de lignine.

Ces composés ne sont pas tous transformés et assimilés par les mêmes organismes.

Les sucres et l’amidon vont servir de carburant aux êtres vivants du sol comme les bactéries alors que la cellulose et la lignine vont principalement être transformé par les champignons.

Les champignons ne peuvent vivre dans un milieu sans oxygène. Il n’y aura donc pas de champignons dans un méthaniseur.

 

Pour développer les bactéries dans un sol il faut des sucres et de l’amidon alors que pour développer les champignons il faudra de la cellulose et surtout de la lignine.

 

Quand les bactéries peuvent vivre dans un sol en mauvais état, peu oxygéné et acide, les champignons en sont incapables.

C’est aussi pour cela qu’ils sont si fragiles et parfois absents de certains sols cultivés.

 

Le retour des digestats au sol n’apportera donc que des éléments minéraux et une partie des bactéries qui sont présentes dans le digesteur.

Plus question d’une « ration » équilibrée entre les différents composés des matières organiques qui servent au maintien et au développement de l’activité biologique des sols.

Juste un raisonnement mathématique « entrée-sortie » simpliste, dangereux et dépassé pour tous ceux qui ne considèrent plus le sol comme un support inerte et sans vie.

Les enlèvements de matière organiques, habituellement laissées au sol, auront des lourdes conséquences sur l’appauvrissement et  la diversité des êtres vivant du sol qui peuvent représenter plus de 10 tonnes par hectares.

Ce déséquilibre aura des conséquences sur la stabilité structurale du sol.

L’excès de bactéries se fera au détriment de la flore du sol et impactera de manière très forte la faune anécique qui contribue à l’architecture du sol et à la valorisation de son terroir.

Nous affirmons que si les digestats ne seront pas négatifs sur la production agricole à court terme, ils le seront à long terme et auront des conséquences négatives sur le sol.

Dans tous les cas leur apport n’équilibre pas le système, en aucun cas.

 

Consommer de la matière organique est une activité que nous connaissons bien en agriculture « intensive » puisqu’en 50 ans nous avons doublé la quantité de résidus laissés en moyenne dans les parcelles alors que nous avons divisé par 2,5 les taux de matière organiques.

 

Cette consommation excessive de matière organique a libéré de l’azote et permis d’augmenter les niveaux de production tout en affaiblissant les sols.

La dégradation des sols s’est mise en place en 3 étapes bien distinctes :

Etape 1 : La baisse de la fertilité biologique.

Décomposition plus lente des résidus qui entraine une baisse des niveaux de qualité et de quantité de la matière organique. Les fractions carbonées, cellulose et lignine) qui sont les plus importante dans la création d’humus ne sont plus ou partiellement décomposées par l’absence de champignons dans le sol.

La fertilité hydrique est touchée avec un moins ressuyage et un plus faible stockage de l’eau.

 

Etape 2 : La baisse de la fertilité chimique.

La perte des bases OH- entraine des fluctuations du pH du sol. Ces variations ont des amplitudes élevées avec la dégradation du pouvoir tampon du sol.

Aucun être vivant ne peut survivre à des variations de pH importantes et rapides.

La faune et la flore du sol disparaissent et l’acidification de surface fait son apparition et fragilise la relation entre le sol et l’atmosphère occasionnant de mauvaises fermentations et une mauvaise nutrition des plantes. Le sol devient dépendant aux apports extérieurs et retient de moins en moins ces éléments qui vont se lixivier.

 

Etape 3 : La baisse de la fertilité physique.

Dernière étape souvent visible sur le terrain, cette difficulté du sol à se restructurer seul est un signe fort de détérioration des deux fertilités précédentes.

Battance, lixiviation, lessivage, baisse de porosité des agrégats, érosion et augmentation de la densité du sol en sont les conséquences.

Démarrage des plantes de plus en plus lent, stockage et évacuation de l’eau de plus en plus aléatoire et avec des profondeurs d’enracinements de plus en plus faibles.

 

La méthanisation accélèrera tous ces phénomènes et augmentera la fragilité des sols.

Cette fragilité est souvent déjà présente sur le terrain.

Les sols ne sont pas actuellement dans nos régions suffisamment performants biologiquement pour pouvoir supporter de manière durable ce type d’intensification.

Cette production d’énergie nous semble totalement incompatible avec l’agriculture de conservation.

Beaucoup de sols n’ont déjà pas une flore champignons suffisamment présente et active entrainant des mauvaises décompositions de certains éléments.

L’enlèvement des matières organiques pour les mettre dans le méthaniseur empêchera la faune du sol de venir chercher cette nourriture et permettre ainsi au sol d’être aéré, fertilisé et regénéré.

Les conséquences évoquées plus haut ne se feront pas attendre.

On peut ajouter à cela les conditions d’ensilage, les enlèvements des couverts végétaux, les fumiers transformés qui n’apporteront plus leurs intérêts etc…

Nous devons vous alerter sur ces sujets, c’est notre rôle.

 

Le digestat est en quelque sorte les cendres de l’incendie et il contient en effet tous les « éléments fertilisants » mais ne possède plus l’essentiel….

Nous qui croyons que enfin on ne prenait plus le sol pour un support…

 

 « Il faut reconnaître que nous sommes maladroits de nous donner tant de mal pour apporter le fumier dans les champs par tombereaux ; si cet engrais n’agissait que par ses éléments minéraux, il suffirait de l’incinérer et l’on pourrait en transporter la matière utile à la brouette ».

 

Jean Baptiste Boussingault .Chimiste et agronome (1802-1887)

                                  

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